Interview - Damien Lopez au Texas (1/2) | Interview - Damien Lopez au Texas (2/2) |


Le voyage de Damien Lopez au Texas (2/2)



JR: comment ils voyaient le petit Français qui arrivait là bas ? Ils te considéraient comment ?

DL: j'étais un peu leur protégé, Tommy Shannon m'a pris un peu sous son aile, il a vu que je voulais faire quelque chose qui lui était très personnel même si ce qu'il avait écouté un an auparavant, c'était la réplique de SRV. Je suppose qu'il a remarqué que le peu de temps que j'ai joué là bas, il a senti une évolution, un truc qui me ressemblait plus, ils ont cherché à m'encourager. Il n'y a pas eu le côté fermé avec les mecs en place qui refusent toute personne qui rentre. Non, j'ai été accueilli à bras ouverts.

Damien Lopez sur la tombes de Stevie Ray Vaughan à Dallas - photo de Beverly Howell JR: la musique n' a pas de frontières... peu importe qu'il vienne des Etats Unis ou de France...

DL: exactement. Ces mecs là tournent tellement qu'ils savent ce qu'ils valent, qu'ils connaissent leur place. Ils savent aussi ce que valent les autres, ils ont appris à voir ça, à ne pas dénigrer les autres. Car le fait de rejeter quelqu'un, c'est la peur d'être éjecté soit même, c'est la peur de la concurrence. Mais, ces mecs là, ils ont tellement d'expérience, de vécu, qu'ils ne se posent plus ce genre de questions.

JR: ils ne t'ont pas vu comme un rival potentiel ?

DL: non, pas du tout ! plutôt comme un frère, un frère qui vient pour apprendre.

JR: ton jeune âge a sans doute facilité les choses.

DL: peut être, on est bien d'accord.

JR: à part les clubs, tu as pu voir d'autres choses intéressantes ?
Tu es allé sur la tombe de SRV ?

DL: oui, ça c'était très émouvant, je suis allé sur la tombe, je suis allé voir la statue posthume, c'est un projet que l'on doit au fan club mondial de SRV.
JR: d'après les photos que j'ai pu voir, elle représente le SRV de la pochette de l'album "in step" ?

DL: bon, sans faire une biographie de SRV, il a vécu une période où il est tombé dans la drogue, l'alcool, etc, et juste avant de mourir, il a eu une période très courte où il avait suivi une cure de désintoxication, il était redevenu clean, il avait rebondi ce qui est rare et ils ont voulu montrer ce personnage là. C'est là où il fut le plus flamboyant; même si les premiers albums étaient fabuleux aussi...

JR: j'ai l'impression que là bas, il a vraiment laissé une trace ? Je vais poser une question un peu idiote: est ce qu'il est aussi connu à Austin qu'en France ?

DL: si, il a une grosse notoriété à Austin. Et même, il y a un énorme respect y compris en dehors du monde des musiciens. D'ailleurs, dans un club, il est précisé qu'il ne faut pas jouer de SRV. Il n'y avait que SRV qui savait jouer sa musique; ils m'ont dit: attention !!! Aussi, ils m'ont dit qu'il fallait faire attention à la tenue vestimentaire, ne pas s'habiller comme SRV, du style avec un chapeau, des santiags et un pancho, là, ils ne te laissent pas rentrer, il y a un vrai respect de l'image.
le mémorial Stevie Ray Vaughan à Austin - photo de Jocelyn Richez


JR: c'est un petit peu excessif...

DL: il y a des mecs qui sont habillés comme ça et pour qui c'est naturel mais le fait que moi, en venant de France, je m'habille comme ça, ça ferait un peu déguisement.

JR: est ce qu'il y a d'autres choses qui t'ont marqué ?

DL: Si, un magasin de CD à Austin. Ce qui était bien, c'et qu'on y trouvait toutes les productions indépendantes locales. C'est vachement intéressant à écouter. On entend parfois des disques Texans qui sont trop stéréotypés Là, on voit finalement qu'ils cherchent à évoluer. Ils se disent que renouveler le discours est plus important que le copier, donc, ils font une musique qui reste dans l'esprit mais avec une évolution, en introduisant par exemple du jazz.

JR: pour toi, l'image un peu caricaturale du musicien Texan qui cherche à imiter SRV est fausse ?

DL: exactement ! Mais, SRV fait partie des bases fondamentales que tout guitariste doit apprendre. Bon, c'est un peu personnel mais il me semble que si on veut comprendre la musique en général, un guitariste est obligé de travailler SRV comme Hendrix. Il y a une sorte d'alchimie musicale qui fait que ça touchait les gens, ils faisaient une musique qui venait du coeur, c'était des philanthropes, ils donnaient ! C'était très personnel, mais à la fois, ils voulaient tout donner, ça , c'est intéressant. Le problème, c'est que c'est devenu un marché, le blues pur s'est marginalisé et c'est peut être ce qui fait sa force aujourd'hui. C'est le côté artisanal. Les nouveaux trucs qui viennent aujourd'hui des USA pour le large public dans le style blues-rock etc, sont plutôt stéréotypés, ils ne prennent pas de risques. Ce que j'ai découvert dans ce magasin, c'est ce côté ouvert, bien plus ouvert qu'on peut penser.

JR: je voudrais maintenant parler un peu de l'avenir; ce voyage, c'était il y a plus d'un an. J'aimerais savoir ce qu'il en reste, est ce que ça va déboucher sur quelque chose de plus concret ? un cd ? une tournée avec eux ?

DL: pour le moment, on est en contact très étroit. On s'envoie très régulièrement des mails, je téléphone des fois, etc. Le truc, c'est que c'est moi qui ai des objectifs. Si tu veux, je compose maintenant, ce que je ne faisais pas à l'époque, il y a un an, j'essaye de trouver mon propre univers, ma propre personnalité, ma propre musique avec toutes les influences que j'ai eu, grosse influence blues et blues-rock et pour le moment, je me focalise énormément sur le fait que j'essaye d'aboutir ce que je fais, je veux que ce soit solide, concret et plein, que les morceaux soient beaucoup joués en concerts pour les roder, avoir un recul sur les choses, se dire si ça, c'est vraiment utile, s'il ne faut pas épurer ou au contraire rajouter des trucs. Aujourd'hui, je suis vachement focalisé sur ça, mais bien sûr, je garde le contact car ça m'intéresserait d'y retourner, de rejouer avec eux, qu'ils continuent à m'apprendre des choses sur la musique.

Damien au Antones - photo de JM Lopez JR: ils t'ont proposé quelque chose depuis ?

DL: ils m'ont dit des choses, mais je préfère ne pas en parler pour l'instant tant que ce n'est pas concret.

JR: est ce que tu as prévu de retourner à Austin? ou de jouer avec un musicien que tu as connu là bas qui serait en tournée en France ?

DL: oui, ça, c'est clair ! Chris Layton et Tommy Shannon devaient passer en France deux ou trois mois plus tard, à l'époque où Double Trouble avait sorti son album. Mais la tournée a été annulée. J'avais tout prévu, j'avais prévu de les suivre carrément sur toute la tournée, ils devaient aller en Allemagne, en Italie, en France.

JR: et une première partie, ce serait envisageable ?

DL: je pense que c'est concevable.

JR: après, il y a les problèmes de maisons de disques, d'intérêts commerciaux.

DL: exactement; mais là, ce n'est plus de mon domaine.

JR: aujourd'hui, tu n'as pas de date pour un prochain voyage ?

DL: non, rien de vraiment concret pour le moment

JR: mais toi, tu sais que tu y retourneras ?

DL: oui, j'y retournerai, c'est sûr ! mais, je ne sais pas encore quand.

JR: tu attends quelque chose de particulier ?

DL: si j'y retourne, j'aimerais leur montrer ma musique, la musique de Damien Lopez, pas la musique de SRV comme j'ai pu leur montrer. Je voudrais qu'ils voient mon évolution.

JR: tu penses que ce sera prêt bientôt ?

DL: ça va dans le bon chemin, on joue de plus en plus, le groupe se solidifie, mes compositions commencent à prendre du sens, les textes se transforment de sorte d'obtenir le produit que je cherche au bout

JR: tu ne veux pas retourner à Austin sans avoir toutes les cartes en main ?

DL: oui, je ne veux pas faire les choses à moitié. La première fois, je voulais apprendre des choses, je voulais progresser, évoluer, comprendre des choses qui n'étaient pas claires dans mon esprit et ils m'ont apporté énormément. Quand je suis revenu, ça m'a donné une base de travail. Pour l'instant, j'ai onze compositions, j'aimerais en avoir plus.

JR: finalement, tu as envie de les épater.

DL: oui,exactement. Le problème, c'est que j'étais très jeune alors ils m'ont protégé mais ça ne marchera pas à chaque fois. Ce qu'ils m'ont dit, c'est que si je voulais que ma musique soit écoutée, il fallait que ce soit MA musique. Qu'elle soit influencée, ok, tout le monde est influencé mais il faut que je respecte mes origines, c'est important aussi, l'essentiel, c'est que je fasse mon propre truc.

aller à la page précédente Revenir à la page précédente de l'interview (1/2)

Cliquez pour visiter la route du blues !



  Début de la page | Plan du site | Références | Le webmaster | Page d'accueil |