L'hospitalité des américains n'est pas qu'une légende mais bien une réalité. Nous avons pu le vérifier à l'occasion de ce voyage dans le Michigan. Lors de notre précédent séjour à Chicago en 2002, à l'occasion d'un concert de Vance Kelly au Checkerboard Lounge, nous avions fait la connaissance de Felix Ybarra, président de la West Michigan Blues Society et journaliste pour le magazine Big City Blues. Quelques emails plus tard, nous voici invités chez lui, à Grand Rapids dans le Michigan ! Vu le contexte politique en ce milieu d'année 2003, et compte tenu de tous les reportages que l'on a pu voir aux informations télévisées, beaucoup de gens de notre entourage se posaient des questions sur l'opportunité de ce voyage. Et bien, contre toute attente, nous avons été reçu comme des rois ! Une charmante maison fut gracieusement mise à notre disposition. Nous avons été couverts de cadeaux, revues, cd, sweet shirt et porte-clé aux couleurs de la West Michigan Blues Society. Felix Ybarra s'était en quelques sortes transformé en père noël !
Notre hôte est non seulement un bon cuisinier, c'est aussi pour nous le guide idéal pour visiter le Michigan et découvrir la scène blues locale.
Pour cette première soirée dans le Michigan, Felix Ybarra nous emmène dans un club du centre de la ville, le Billy's lounge où c'est l'harmoniciste canadien Paul Reddick et son groupe the sidemen qui sont à l'affiche, et c'est Felix lui même qui présente la soirée. Le Billy's lounge est un grand bar à l'américaine, l'ambiance y est conviviale et c'est semble t'il, le fief de la West Michigan Blues Society. Nous avons le privilège d'être installés à la table juste devant la scène. Peu avant le concert, Paul Reddick vient nous saluer et s'assoire quelques minutes à notre table à l'invitation de Felix Ybarra. Nous avons l'occasion de discuter avec ce musicien encore méconnu en France qui nous offre gracieusement son cd "rattlebag" sorti sur le label "northern blues". Il nous l'a bien sûr gentiment dédicacé. L'heure du concert arrive, Felix Ybarra monte sur scène pour présenter le groupe de Paul Reddick et il ne manque pas de signaler au micro qu'un groupe de 4 français sont présents à la table au bord de la scène. Nous étions repérés !
Et à notre grande surprise, plusieurs personnes sont venues nous saluer, des femmes nous ont invité à danser, des musiciens sont venus discuter comme l'harmoniciste John Ferguson qui nous a lui aussi offert un de ses cd avec le groupe Loaded Dice. John Ferguson a ensuite boeuffé avec Paul Reddick. Quand au concert de Paul Reddick, disons que ce n'est pas le blues que je préfère, sa musique a bien le mérite d'être originale (pas une seule reprise durant le concert), son jeu d'harmonica est techniquement irréprochable (ce n'est pas pour rien qu'il fut nominé aux Handy awards) mais elle est aussi trop moderne à mon goût (il la définit lui même comme étant "Hard blues for modern times") et son groupe est plus un groupe de rock qu'un groupe de blues, cela s'ajoutant à la fatigue qui m'est tombée dessus dès le début du concert, ce décalage horaire si terrible en début de séjour contre lequel j'ai lutté toute la soirée.
Après une bonne nuit de sommeil, nous voilà partis en direction de Detroit, la "motor city". Malheureusement, le temps n'est pas fameux, plutôt frais, vraiment gris avec de gros nuages menaçants. A l'image de Saint Louis, Detroit est une ville sinistre qui a connu dans le passé une grosse activité industrielle mais qui s'est depuis pris la crise économique de plein fouet. Beaucoup de grands bâtiments du centre sont abandonnés, les bouches d'égouts sont fumantes, le ghetto semble s'être étendu sur la presque totalité de la ville donnant une image de désolation mêlée à une impression d'insécurité. Les modernes et imposantes tours General Motors font figure d'exception dans ce paysage.
Detroit fut un haut lieu du blues dans les années 40 et 50, avec en particulier le paradise valley, la célèbre Hastings street, le magasin de disque de Joe Van Battle, des musiciens comme John Lee Hooker, Eddie Burns ou Eddie Kirkland. Tout cela a aujourd'hui disparu, Hastings street a laissé place à une autoroute (la I-75) et les tripots de l'époque ont été remplacés par un stade de base ball moderne et spectaculaire, celui des tigers de Detroit. Dans les abords immédiats du stade, on trouve un club de blues (Fifth avenue) mais qui semble bien propre et aseptisé. Il reste néanmoins aujourd'hui une scène blues active dans la région de Detroit, avec quelques vétérans comme Johnny Bassett, Alberta Adams ou les motor city R&B pionners (Kenny Martin, Stanley Mitchell, Joe Weaver) mais aussi Harmonica Shah, RJ Sprangler, Paul Carey, Thornetta Davies, Pricilla Price, Al Hill, Bulter Twins, Little Junior Cannaday, Doug Deming, Mr Bo, etc....
Malheureusement, le hasard des dates de concerts a fait que nous n'avons pas eu l'occasion de voir en live les représentants de cette scène blues locale.
Durant notre visite du centre de Detroit, nous avons mangé dans un grand restaurant grec du Greek town, l'un endroits les plus sympas et les plus animés de la ville, profitant ensuite pour faire un petit tour dans le métro automatique aérien, apparemment tout neuf et plus fait pour les touristes (y en a t'il vraiment) disons plutôt les visiteurs que pour les déplacements de la population locale.
Passage obligé pour des amateurs de musique de passage à Detroit: la visite du musée Motown !
Le musée, localisé au 2648 West Grand Boulevard, qui fut le siège du label de 1960 à 1968 et où se trouvait le fameux studio d'enregistrement (studio A). Le musée fut crée par Ester Gordy Edwards (soeur de Berry Gordy) en 1985.
La visite permet de voir le studio d'enregistrement et une multitude d'objets d'époque, de photos des stars du label et de souvenirs divers. Elle permet aussi de percer le secret du fameux "Motown sound". La guide ressemblait beaucoup à Diana Ross !
La visite se termine comme il se doit par la boutique souvenir. Inutile de préciser que l'endroit est l'un des plus visités de la ville...
Un peu d'histoire:
C'est en janvier 1959 que Berry Gordy a créé le label Tamla Record Company à Detroit. Un an plus tard, la société fut rebaptisée Motown Record Corporation. En janvier 1960, le label s'installe au 2648 West Grand Boulevard et y restera jusqu'en 1968, date à laquelle, le petit label familial, devenu une entreprise de niveau international démenagea son siège dans le centre de Detroit, au 2457 Woodward. Mais les artistes ont continué à enregistré au studio A du 2648 West Grand Boulevard jusqu'en 1972.
Le label a enregistré de nombreux artistes comme Jackie Wilson, Diana Ross and the Supremes, Martha and the Vandellas, the Four Tops, Smokey Robinson and the Miracles, the Temptations, Marvin Gaye, Stevie Wonder, Gladys Knight, Lionel Ritchie and the Commodores, les Jackson 5.
C'est en juin 1988 que Berry Gordy a vendu le label.
Pour la soirée du samedi, nous aurions aimé découvrir la scène locale mais apparemment, les groupes locaux n'étaient pas à l'affiche ce week end où nous avons le choix entre Michael Hill, Ronnie Baker Brooks et Chris Beard. Notre hôte Felix Ybarra nous avait proposé d'aller voir le New Yorkais Michael Hill qui passait au Georges & Harry's 22048 Michigan Avenue, Dearborn. C'est un bluesman réputé et respecté que nous n'avions jamais vu, nous lui avons donc fait confiance.
Après quelques difficultés pour trouver le motel situé à proximité du club, nous nous garons sur le parking à côté d'un van immatriculé à New York, celui de Michael Hill justement qui logeait au même motel que nous !
Comme nous étions un peu en avance, nous en avons profité pour faire quelques achats dans un magasin de disques situé entre le motel et le club où nous avons enfin trouvé quelques productions locales.
Il est enfin temps de rejoindre le Georges & Harry's Blues Cafe. On s'attendait à aller dans un bar du style du Cherckerboard lounge à Chicago et quelle ne fut pas notre surprise en débarquant dans un immense bar restaurant très chic aux sièges capitonnés, serveur en veste blanche etc...
Le concert de Michael Hill et son trio fut tel que je l'attendais, un blues original et moderne, des thèmes contemporains, utilisation de pédales d'effets et gros son pour un show très proche de son cd live "Electric Storyland" paru récemment sur Ruf Records. J'ai vu un artiste très professionnel, à la technique irréprochable mais je préfère personnellement un blues plus rustique, plus traditionnel. De plus, j'ai regretté l'ambiance un peu froide de l'endroit. Heureusement, le décalage horaire commençant à s'effacer, j'étais en bien meilleure forme que la soirée précédente pour apprécier ce concert.
Autant le dire tout de suite, ce dimanche fut une journée pénible et mémorable dans le mauvais sens du terme. Apparemment, le repas mangé dans le restaurant grec à Detroit ne devrait pas être de première fraîcheur si bien que nous étions malades tous les 4 !!!
Nous avons néanmoins tenté de suivre tant bien que mal, le programme prévu.
Il y a des visites incontournables pour un touriste dans la Motor town, surtout pour des amateurs d'automobiles, nous avons visité le Automotive Hall of Fame et le Henry Ford museum (21400 Oakwood Boulevard, Dearborn). Même si on y trouve quelques voitures exceptionnelles comme la limousine présidentielle dans laquelle John F. Kennedy fut assassiné à Dallas le 22/11/1963, j'ai trouvé le musée Henry Ford assez décevant, au moins par rapport à ce que l'on est en droit d'attendre dans ce temple de l'automobile.
Après ce début de journée consacré à l'automobile, nous avons repris la route en direction de Grand Rapids, toujours en petite forme (ce restaurant grec de Detroit, on n'est pas prêts de l'oublier !) Contrairement, à l'aller, nous n'avons pas cette fois fait tout le trajet par l'autoroute, empruntant des petites routes de la campagne du Michigan, un état essentiellement rural et très vert en cette saison.
Après un bon repas à l'américaine cuisiné par notre hôte (poulet au barbecue avec des maïs), nous reprenons la route vers l'ouest, en direction d'une agréable petite station balnéaire au bord du lac Michigan: Saugatuck.
La ville est effectivement animée, il y règne une ambiance détendue et festive de vacances. Nous nous rendons dans un des nombreux bars de la ville, the Boathouse où c'est un bluesman régional (il vient d'un état voisin, l'Indiana) qui est à l'affiche: Duke Tumatoe aussi appelé Dr Duke. L'endroit est bondé et il est très difficile de trouver une place assise, néanmoins, le public très jeune en moyenne semble se désintéresser du groupe qui assure plus un fond sonore qu'un véritable spectacle !
Duke Tumatoe est un chanteur guitariste éclectique au blues assez jazzy mais qui flirte aussi parfois avec la pop. Le personnage a néanmoins une réputation certaine, il a 5 albums à son actif (dont le premier date de 1976) et quand il vient à Chicago, il joue au Legends.
La matinée du lundi est consacrée à la visite de Grand Rapids, la deuxième ville de l'état du Michigan, une ville qui a vu grandir le 38ème président des USA, Gerald R. Ford. On y trouve un aéroport Gerald R. Ford et un musée Gerald R. Ford. Grand Rapids est une ville moyenne assez résidentielle dans laquelle il semble bon vivre.
Les endroits marquants de notre visite sont outre le musée Gerald R. Ford (que nous n'avons pas visité, nous sommes juste passé devant) et sa statue de cosmonaute, le riverwalk sur la Grand River, la Calder plaza et une superbe maison de l'architecte Franck Lloyd Wright.
Après cette rapide visite du Michigan, nous remercions notre hôte et guide Felix Ybarra, et nous prenons la route vers Chicago. Nous retrouverons Felix dès jeudi à l'occasion du Chicago Blues Festival.
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