New Orleans Jazz & Heritage Festival

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Le New Orleans Jazz & Heritage Festival a eu lieu pour la première fois en 1970, à l'époque au Congo Square. Depuis, il a pris de l'ampleur et a déménagé à l'hippodrome situé à proximité du City Park, à mi-chemin entre le quartier français et le lac Ponchartrain.

Compte rendu de l'édition 2011 (par Robert Sacré)

Comme tous les festivals de par le monde, le festival annuel de la Nouvelle Orleans a besoin de sponsors, très très riches et généreux, si possible, il a aussi besoin des rentrées liées à la vente de tickets (1) et en l'occurrence, on ne peut pas dire que ce soit bon marché dans le cite du Croissant :
Henri Gray (photo de Robert Sacre) 7 jours de musique, $45.00 par jour en prévente, $60.00 à l'entrée, mais quand on aime on ne compte pas et la richesse stupéfiante du programme rend ce festival incontournable, au diable l'avarice. Pour attirer le plus de spectateurs possibles, comme partout ailleurs, on y propose de grands noms du rock et de la pop, ce qui irrite les puristes mais ils ont tort tant les scènes du blues, du gospel, du jazz, de la soul et des musiques cajun-créole et zydeco débordent de talents, connus et moins connus, dans l'ensemble. Il faut dire que cela se passe lors de deux weekends successifs (fin avril-début mai), qu'il y a DOUZE scènes en plein air et tentes avec podiums et que les musiciens y défilent d'heure en heure de 11h le matin jusque 7h ou 8 h le soir. Bref pour les amateurs de musiques, tous genres confondus, c'est le Ciel sur la terre, il est impossible de ne pas y trouver son compte, au contraire, il faut sans cesse faire des choix cornéliens (et frustrants, quelque part).
(1) Le Chicago Blues Festival lui est encore gratuit, mais c'est bien l'exception qui confirme la règle, il est financé par la ville et par des sponsors privés, de plus en plus chichement semble-t-il puisqu'en 2011, il y avait beaucoup moins d'artistes invités, moins de scènes et de podiums aussi. A ce train là, c'est sa survie qui est menacée.

BLUES and SOUL MUSIC - Podium de la Blues Tent et diverses scènes en plein air

Lors du premier week end (29-30 avril et 1er mai 2011), il était tentant de privilégier les artistes Louisianais, à commencer par Coco ROBICHAUX (2), sa dégaine de paumé et sa voix rauque d'outre tombe, mais en fait, c'est un musicien attachant et son show est prenant avec son jeu de guitare en staccato, avec ses accents vaudous, il se profile bien comme un lointain héritier de Marie Laveau - la Grande Prêtresse vaudou dont la tombe dans le cimetière Saint Louis no.1 en ville, est continuellement fleurie et couverte d'ex-votos;
DR. JOHN (2) est un peu dans cette veine là lui aussi avec ses gris-gris et ses airs mystérieux mais c'est évidemment un pianiste hors pair et un chanteur fascinant, ici il était associé au trompettiste Dave BARTHOLOMEW (2) dont les compositions et la longue association avec Fats Domino sont justement célèbres, avec leur orchestre et avec leur set jazz-R&B, ils ont fait tanguer la scène Acura; quant à Lil' Buck SINEGAL (ou Senegal) il a été longtemps le guitariste de Clifton Chenier puis de Rockin' Dopsee, il est maintenant à la tête de son propre orchestre tout en accompagnant régulièrement Nathan Williams et Buckwheat Zydeco, et il distille un envoutant swamp blues qui fait mouche tout comme les blues et boogies de Henry GRAY, l'homme de Bâton Rouge, lequel à 86 ans est toujours vert et plein d'énergie, il alterne blues de Chicago (il n'a pas été pour rien le pianiste de Howling Wolf pendant longtemps) et swamp blues et boogies sans faiblir et avec panache. Robert Cray (photo de Robert Sacre)
Irma Thomas et Marcia Ball (photo de Robert Sacre) D'autres musiciens locaux valaient la peine d'une écoute attentive comme Walter Wolfman WASHINGTON, brillant guitariste de jazz aux doigts déliés, il insère dans son show des blues mâtinés de R& B qu'il chante avec force et puis il y a la reine locale de la soul, la très charismatique Irma THOMAS (2), sa superbe voix légèrement voilée et un talent immense qui provoque rappels à répétition et ovations délirantes - omniprésente, elle viendra chanter plus tard avec Marcia Ball et elle conduira un très bel hommage à Mahalia Jackson sous la Gospel Tent -. Tab Benoit est un chanteur très engagé dans sa croisade écologiste pour la sauvegarde de l'environnement, comme en attestent les lyrics de plusieurs de ses chants, il a ici, sur ses terres, un statut de rock star avec son swamp rock percutant et son look de jeune premier qui suscitent un engouement aussi géant que justifié de la part de l'audience, féminine surtout mais pas exclusivement... quel show !
Mais ce festival louisiannais ne fait pas appel qu'à ses ressortissants et les prestations de Alvin Youngblood HART et de KEB MO' ne passèrent pas inaperçues, le premier avec son blues teinté de folk et de reggae et le second avec son blues tantôt soul tantôt C&W; toutefois le meilleur accueil fut réservé à Robert CRAY, qui est fréquemment venu à ce festival car très sollicité par un public friand de son blues westcoast et insatiable, auréolé par le succès de son dernier album, gravé en 2010 ("Cookin' in Mobile") et dont il reprend des morceaux.
Le deuxième week end fut encore, si possible, plus riche en rencontres et expériences musicales mémorables (sur 4 jours, du 5 au 8 mai) avec Marcia BALL à qui un statut mi-Louisiannais, mi-Texan donne ici une légitimité style enfant-du-pays et un succès que son talent lui vaudrait d'où qu'elle vienne, mais qui en est encore multiplié d'autant, elle reprend en partie les morceaux de son dernier opus Alligator (ALCD 4942 "Roadside Attraction") dont le très émouvant "This used to be Paradise" (la Louisiane d'avant Katrina et d'avant B.P.) - sublime surprise, Irma Thomas viendra la rejoindre sur scène pour un duo de super stars.
Charlie Musselwhite (photo de Robert Sacre)
Bobby blue Bland (photo de Robert Sacre) Dans un autre style, Robert Bilbo WALKER use à fond de son look déjanté, limite hagard, et de son costume flashy, pour épicer son Mississippi blues électrique tandis que Ruthie FOSTER va régaler le public de ses blues -rock et de ses ballades au parfum Texas puis le toujours souriant Charley MUSSELWHITE va bien disposer devant la scène et en face de lui sa petite valise couverte de stickers, avec ses harmonicas bien rangés et se lancer avec brio, dans un show où se retrouvent des morceaux tirés de son dernier album Alligator, on ne se lasse pas de son expertise (harmonica) et de l'humour qu'il instille à ses lyrics et commentaires entre les morceaux. Par ailleurs, Mem SHANNON et son soul blues, Ruby WILSON et son blues jazzy comme Troy TURNER et sa pop soul auront le succès qu'ils méritent mais le vainqueur à l'applaudimètre sera le vétéran Bobby Blue BLAND qui, à 81 ans, n'a rien perdu de ses qualités vocales même s'il doit chanter assis. Il est une icône du soul blues de Memphis, il le sait et le public aussi.
Voilà pour les artistes hors-Louisiane mais il y a les locaux bien sûr, comme Brother TYRONE, un jeune soulman qui monte dans les sondages, son premier album ,récent ("Mindbender"), faisant un tabac chez les disquaires comme en ligne et il en reprend ici les meilleurs titres; il y a Charmaine NEVILLE qui déploie avec maestria son jazz bluesy comme elle le fait plusieurs fois chaque semaine au Snug Harbor (un des clubs de la Frenchmen Street où se retrouvent les vrais amateurs de blues et de jazz qui ont déserté Bourbon Street et le French Quarter) et il y a aussi ses frères de la NEVILLE FAMILY,(2) rois de la soul funky et des rythmes afro-cubains au parfum R&B typiques de la Nouvelle Orleans; les 2 pianistes locaux les plus prestigieux (avec Dr. John) vont eux aussi ravir le public, Allen TOUSSAINT (2) toujours élégant et raffiné dans son look comme dans son jeu de piano et Henry BUTLER plus roots et funky. Last but not least, GUITAR SLIM JR. -fils de l'unique Eddie Guitar Slim JONES auteur de "The things that I used to do" - et Little Freddy KING (dans un costume de scène flamboyant comme d'habitude) vont tous deux, donner leur show R&B style gumbo (un peu de tout) à la hot sauce très New Orleans. Anders Osborn (photo de Robert Sacre)
Bien d'autres concerts de blues, de jazz, de country et de roots music, de musique world, de brass bands, de troupes d'Indiens, etc... ont déroulé leurs fastes sur l'une ou l'autre scène mais il était, comme dit plus haut, impossible de tout voir et d'aller tout écouter; juste pour votre information, sachez qu'il y avait aussi à New Orleans, ces jours là Sonny Landreth, Bon Jovi, Anders Osborne, Kid Rock, Galactic, Lucinda Williams, Tom Jones, Jimmy Buffett, Arcade Five, Willie Nelson, Gregg Allman, Eric Lindell, Ms Lauryn Hill, Ellis Marsalis, Sonny Rollins, John Mellencamp, Jeff Beck, Robert Plant, Wyclef Jean, The Dixie Cups, Wilco, Cindy Lauper, Maceo Parker, Pee Wee Ellis, Spencer Bohren, James Rivers, The Radiators, Ahmad Jamal, Arlo Guthrie, Terence Blanchard, Tom McDermott (2), Ricky Skaggs, Jon Cleary et bien d'autres encore.
Quand on vous disait que ce festival était un MUST incontournable... Quand c'est fini, on regrette moins tout le fric dépensé (tickets, bouffe, boissons, souvenirs...)
À vous y rencontrer l'an prochain ?

(2) Tous ces musiciens, et beaucoup d'autres comme McCoy Tyner, Kermit Ruffins, Trombone Shorty, Steve Earl, Lloyd Price, des brass et marching bands, des troupes d'Indians, etc... se produisent dans chacun des épisodes des deux premières saisons d'une série TV fascinante initiée par HBO et intitulée TREME - "Won't bow don't know how" (3). Une 3e saison est d'ores et déjà programmée.
La première saison (10 épisodes) est disponible sous forme d'un coffret de 4 DVDs. L'action se déroule à New Orleans, 3 mois après la tornade Katrina, dans le quartier dévasté du TREME là où habitaient - et habitent encore aujourdhui, beaucoup de maisons ayant été reconstruites - une majorité des musiciens locaux; la musique est donc omniprésente dans cette série, mais bien sûr, plusieurs intrigues s'attachent à une galerie de personnages non musiciens qui se battent pour survivre dans une ville dévastée, une restauratrice étoilée mais fauchée, un DJ marginal et fantasque (un Steve Zahn plus vrai que nature), un professeur de Tulane University (John Goodman) en panne d'inspiration et sa femme avocate, une tenancière de bar à la recherche de son frère, le Chief d'une tribus d'Indians qui essaie de reconstituer son groupe et de préparer son costume pour le premier Mardi Gras de l'après-Katrina, etc...
Tout cela donne dix épisodes passionnants à suivre sur tous les plans, avec du suspense, de l'action et surtout beaucoup de musique. A propos, Irma Thomas y chante mais elle se révèle aussi une joueuse de poker redoutable et féroce. Il y a aussi les bonus :
le "making of " de 14 minutes, un document intitulé "Beyond Bourbon Street" de 30 minutes et des interviews. La saison 2 (11 épisodes) a déjà été diffusée aux USA et la saison 3 a démarré
(3) Recommandé sans réserves - particulièrement le coffret en v.o.
Le TREME est un quartier du nord-ouest de la ville, au nord du Quartier Français et du Parc Louis Armstrong, flanqué au Nord par le lac Pontchartrain, à l'est par le Upper 9th Ward et au Sud-Est par le Lower 9th Ward, quartiers dévastés par les inondations consécutives à la rupture des digues du lac Ponchartrain, pendant l'ouragan Katrina en 2005. Six ans après la catastrophe, beaucoup est encore à refaire (maisons, routes,...) mais beaucoup de musiciens sont revenus.


Musiques Cajun - Créole et Zydeco - LOUISIANA FOR THE FUN OF IT

Tout au long des 7 jours de festival, sous un soleil de plomb et avec de trop courtes averses en fin de journée, vite évaporées, la scène "Sheraton New Orleans Fais-do-do stage" a vu défiler toute une série de Rois et Princes des musiques cajun, créole et zydeco de façon très machiste car pas une seule accordéoniste ni violoniste à l'horizon, contre toute attente (il y en a quand pas mal en activité, Rosie Ledet, Donna Angelle, Christine Balfa ..., l'an prochain peut être ?)
Terence Simien (photo de Robert Sacre) Lors du premier week end, à tout seigneur tout honneur, Corey LEDET & His Zydeco Band est le premier en piste, ce jeune accordéoniste - qui n'est pas le fils de Rosie - est une vedette montante du zydeco, au répertoire très blues et soul, et son public répond comme un seul homme à ses prouesses, des couples se forment et dansent sur l'herbe, selon des figures strictement codifiées, les hommes en stetson, jeans moulant, ceintures cloutées et bottes de cow boy, les filles en jeans aussi ou robes de cuir ou daim, à franges, et bottes bien entendu (4), bref le spectacle est SUR la scène et DEVANT la scène, c'est fascinant et incroyablement joyeux et cela va se répéter chaque fois qu'un groupe zydeco se produit, les jeunes comme Lil Malcolm & The House rockers (5 musiciens dont Percy Walker à la guitare et ses 2 fils, Percy Walker Jr. à la batterie et Lil' Malcolm Walker à l'accordéon) et Lil Nathan and The Zydeco Big Timers (le fils de Nathan Williams, vu à Lafayette), les vétérans comme Willis Prudhomme & Zydeco Express (Willis, né en 1931, a commencé par jouer de l'harmonica avant de devenir un maître de l'accordéon),
Terrance Simien & Zydeco Experience (de manière assez originale, Terrance incorpore à son zydeco des éléments de funk New Orleans et d'influences venues des CaraÏbes) et Keith Frank & the Soileau Zydeco Band qui sont tous dans une forme éblouissante et ne tarissent pas d'instrumentaux exubérants, de one-steps et two-steps endiablés et de valses speedées; pour Keith Frank c'est un peu l'adieu à la scène, il y met tout son cœur et toute son énergie mais il a annoncé clairement qu'après 20 ans de concerts et de tournées, il se retirait du show business pour se consacrer à d'autres activités et à sa famille.
Côté musique cajun, c'était solide aussi avec la jeune génération conduite par les Pine Leaf Boys (2), 5 musiciens spécialistes d'une musique dynamique incorporant tant la tradition cajun authentique que la modernité dans les thèmes et dans l'interprétation, mêlant harmonieusement les rythmes de valses avec des blues et des éléments rythmiques zydeco et créole; on n'est pas très éloigné du même style avec Jesse Lège et Joel Savoy & Cajun Country Revival mais il y a aussi les groupes beaucoup plus ancrés dans la tradition ancienne qui ont plein d'attraits aussi comme Hadley J.Castille Sharecroppers Cajun Band et surtout Marc Savoy & The Savoy Music Center of Eunice Saturday Cajun Jam (5).
Il était tout aussi intéressant de retrouver un vétéran du swamp pop n'ayant rien perdu de son dynamisme, en la personne de Warren Storm w. Willie Tee and Cypress.
Pendant le second week end (5-8 mai), on a remis le couvert avec d'autres groupes majeurs de zydeco, quelques groupes importants de musique créole à l'ancienne et des groupes talentueux de cajun traditionnel.
Pour la musique créole aux accents zydeco, Cedric Watson et Bijou Creole remportent la palme, Watson (6) accordéoniste, violoniste et chanteur hors pair est un jeune premier ("le gendre idéal") super doué (il est allé apprendre le Français à l'Université de Louisiane à Lafayette pour passer au Français-créole et l'utiliser à bon escient et en connaissance de cause dans ses chants), son répertoire est confondant, il a dépoussiéré la vieille musique créole (Canray Fontenot, Alphonse " Bois-Sec "Ardoin, Frères Carriere...) et en a refait un style très à la mode; il s'entoure parfois de musiciens africains et Haïtiens (pas ici mais sur disques)(5), il est élégant et beau garçon, il a un succès phénoménal tous publics confondus, mais en particulier auprès des jeunes filles; un rien plus traditionnel, Joe Hall & His Louisiana Cane Cutters (Joe Hall, jeune accordéoniste suit joliment les traces de Cedric Watson) et très traditionnels, Goldman Thibodeaux & The Lawtell Playboys ainsi que Jeffery Broussard & The Creole Cowboys ont quand même fait vibrer leur auditoire et fait danser les gens sur la pelouse. Sur la petite scène de la Lagniappe Tent, Leroy Thomas & The Zydeco Roadrunners eurent du succès aussi avec leur zydeco traditionnel et irrésistible. Dwayne Dopsee (photo de Robert Sacre)
Mais des toutes grosses pointures de la musique zydeco pure et dure étaient là elles aussi comme Dwayne Dopsee & The zydeco Hellraisers, monsieur 100.000 volts, il transpire abondamment tellement il se défonce, enchainant les morceaux sans pause, Sa Grandeur Nathan (Williams) & the Zydeco Cha-chas, un styliste exceptionnel qui a marqué l'histoire de ce style musical, à l'instar de Clifton Chenier, le souriant Prince Consort du Zydeco, Geno Delafosse & French Rockin' Boogie, accordéoniste, jeune en âge mais blanchi sous le harnais et toujours aussi créatif, le fils de Clifton, C.J.Chenier & Red Hot Louisiana Band, et un autre "fils de" Rockin' Dopsee Jr. & the Zydeco Twisters en compétition amicale avec son frère Dwayne; leur notoriété à tous n'est pas usurpée si l'on en juge par leur musique et par l'accueil bruyant que leur a réservé leur public... et les nombreux danseurs.
Les amateurs de musique cajun où violon et accordéon font bon ménage ont été gâtés aussi avec la nouvelle génération de musiciens nourrie de tradition comme Feufollet et le Jambalaya Cajun Band, et avec des orchestres plus expérimentés qui occupent le haut du pavé depuis pas mal d'années et dont les shows sont toujours de qualité : Bruce Daigrepont Cajun Band et Steve Riley & the Mamou Playboys, sans oublier les légendes vivantes comme Beausoleil avec Michael Doucet, D.L. Menard & Louisiana Aces et Belton Richard & Musical Aces.
Buckwheat Zydeco (photo de Robert Sacre) D'autres icones des musiques cajun et zydeco jugées susceptibles d'attirer de toutes grandes foules étaient même programmées sur des scènes plus grandes comme l'ACURA où Zachary Richard puis Wayne Toups Zydecajun attirèrent effectivement plusieurs milliers de personnes avec leurs prestations plus country pour le premier et plus rock 'n roll pour le second; la grande scène Gentilly fut aussi jugée la mieux à même d'accueillir Buckwheat Zydeco (Stanley Durell, ex-pianiste de Clifton Chenier est devenu un tout grand accordéoniste et, depuis son dernier album sur Alligator, c'est une rock star) tandis que le vaste podium de la Blues Tent a été offert à Chubby Carrier & his Bayou Swamp Band, égal à lui-même dans une bonne humeur communicative ainsi qu'à Sunpie (Barnes) & The Louisiana Sunspots (Sunpie mariant de manière originale son zydeco très bluesy avec les sonorités inhabituelles de musiciens Haitiens).
(4) Paradoxalement, ces danseurs sont totalement plongés dans leur souci de bien danser, c'est du sérieux, pas de la rigolade et donc, bien qu'ils soient on ne peut plus heureux d'être là, ils ne sourient pas, leurs visages restent graves et fermés !
(5) Si on a la chance de visiter la Louisiane, il ne faut pas manquer, chaque samedi matin, la jam session qui rassemble tous les musiciens pros et amateurs de passage dans le coin, au magasin de Marc Savoy, multi- instrumentiste et fabricant d'accordéons, à EUNICE
(6) Fortement recommandés, ses 3 albums sous son nom, surtout le 3e "Live from Blue Moon saloon" Valcour VAL-CD-0014 (à noter qu'il figure aussi sur des albums des Pine Leaf Boys car il a commencé sa carrière avec eux); il apparait aussi dans la série TREME


MUSIQUE GOSPEL sous la Gospel tent

Cette vaste tente est placée sous l'égide tutélaire de Sherman Washington, le leader des célèbres Zion Harmonizers, décédé en mars 2011, elle n'a pas désemplit tout au long des sept jours de festival tant l'engouement pour la musique gospel noire prend de l'ampleur et attire les foules comme jamais; on a pu y entendre à peu près tous les styles de ce genre musical, des quartettes masculins, des groupes féminins, des petites et grandes voire très grandes chorales, des solistes et même les fameux Fisk Jubilee Singers qui chantent a capella des negro spirituals comme le faisaient les fondateurs de cette chorale universitaire, après la Guerre de Sécession, c'est très solennel et pontifiant, pauvre en swing mais il y a un public pour cela, même si on vient surtout pour du gospel musclé, inspiré et sans fausse pudeur, où on crie, on se lamente, on se trémousse, on danse et on se congratule en faisant participer le public.
Fisk jubilee singers (photo de Robert Sacre) C'est ce qu'ont donné, parfois avec parcimonie, les grandes chorales souvent très locales et donc peu connues à l'extérieur comme les Shades of Praise (un choeur multiracial et inter-dénominationnel fondé en 2000 pour servir de lien entre des communautés différentes), le Rev. Jermaine Landrum & Abundant Praise Revival Choir, le Morning Star Mass Choir (une volumineuse chorale multi-générationnelle qui fonctionne à partir de la Morning Star Missionary Baptist Church dans le haut de la ville), Tyronne Foster & The Arc Singers (la chorale de la St. Joan of Arc Church, qui a fait des tournées nationales et internationales, le Mt Zion Pilgrim Baptist Church Choir (dirigé par le Revérend Mitchell Jerome Stevens), Betty Winn & One A-Chord (Winn dirige ce groupe dont elle est la soliste principale dans un répertoire traditionnel et moderne), Eleanor McMain "Singing Mustangs" Gospel Choir (avec Clyde Lawrence pour diriger cette chorale d'école secondaire comptant plus de 50 membres),
O.Perry Walker Charter High School Gospel Choir (encore une chorale scolaire massive dirigée par Joseph Knox dans un répertoire de spirituals et de chants traditionnels et contemporains), Archdiocese of New Orleans Gospel Choir (une chorale dont la centaine de chanteurs, des plus jeunes aux plus âgés, proviennent de plus de 20 églises) et une vingtaine d'autres chorales du même type qui, heureusement ne se produisent pas toutes l'une après l'autre mais alternent avec des groupes plus traditionnels et plus extravertis, certains ayant une notoriété nationale, d'autres un renom local mais bourrés de potentiel et méritant de se faire remarquer par un producteur ou une compagnie de disques, comme The Voices of Distinction (un quartet, 2 mères et leurs deux filles, dans un répertoire de gospel et de soul), The Heavenly Melodies Gospel Singers ( un groupe féminin privilégiant le gospel traditionnel), The Veal Brothers (4 frères originaires du Mississippi), Leo Jackson & The Melody Clouds (formés en 1965 par Leo Jackson Jr., le père de l'actuel leader ce groupe familial est un ardent représentant du puissant style connu comme le "testifying gospel"), Lisa Knowles & The Brown Sisters (Knowles est une chanteuse de Memphis, elle a rejoint les Brown Sisters quand elle avait 9 ans et devint le leader du groupe à 12; ce groupe réussit une fusion de jazz, blues, rock et country en un gospel original et passionné), Kevin Thompson & The Sensational Six, un groupe originaire de Lake Providence, La, fondé en 1981 quand ses membres était toujours en école secondaire), le Zulu Male Ensemble (dans un répertoire fort dynamique de gospel traditionnel) et les Bester Singers & Dynamic Smooth Family Gospel Singers (la réunion des Bester Singers de Slidell avec la Dynamic Smooth Family de Mandeville, dirigés par le Rev. Cynthia Plummer)(7).
Mais à côté de ces formations en devenir, et dont certaines, c'est sûr, referont parler d'elle au plan national, voire international, il y avait tous les poids lourds du genre et une mention spéciale s'impose pour deux groupes locaux exceptionnellement talentueux : les Rocks of Harmony (un quartette familial masculin qui chante depuis 5 décades un gospel traditionnel sous haute tension) et les New Orleans Spiritualettes (un groupe féminin traditionnel fondé il y a plus de 40 ans). Avec de très légères réserves, on peut saluer les concerts de The Johnson Extension (ce groupe familial dirigé par Rev. Lois Dejean(10) rassemble 4 générations réunies pour chanter), celui de Aaron Neville's Gospel Experience (ce chanteur au falsetto célèbre sort de son cadre familial soul funky pour chanter de plus en plus de gospel sur la base de son dernier album I know I've been changed où ne figurent que des reprises de morceaux archiconnus, les standards du gospel commercial, ce n'est pas très excitant mais son public a eu l'air de beaucoup aimer cela) et Jo "Cool" Davis, un vétéran du gospel et de la soul, associé ici à James Sugar Boy Crawford, un célèbre chanteur et compositeur de R&B local, à eux deux ils ont produit un show moins gospel que R&B mais plaisant comme tout.
Il y eut aussi des hommages rendus aux disparus, liés à la Louisiane et ayant marqué toute l'histoire de la musique gospel, d'abord à Sherman Washington et à son groupe les Zion Harmonizers, un quartet qui s'est produit pendant quelques 60 ans avec un succès qui ne s'est jamais démenti, puis à Mahalia Jackson, née à New Orleans il y a cent ans (enfin son anniversaire tombe en octobre mais à la demande générale, il a été décidé de lui rendre hommage dans le cadre de ce festival plutôt qu'en one-shot) et c'est Irma Thomas et John Boutté (9) qui s'en sont chargés avec tact et ferveur (8). Rance Allen (photo de Robert Sacre)
Robert Randolph et Sonny Landreth (photo de Robert Sacre) D'autres vedettes du gospel non originaires de Louisiane étaient aussi au nombre des invités comme le Rance Allen Group (dans les années '70, 3 frères, Rance, Tom et Steve Allen eurent l'idée de mettre une bonne dose de rock et de soul dans leur gospel, cela a beaucoup plu à STAX Records qui en a fait des vedettes internationales; ils continuent sur le même voie avec succès), les Mighty Clouds of Joy (le célèbre quartette dirigé par Joe Ligon et basé à Los Angeles a lui aussi mis du blues et de la soul dans son gospel et la formule est toujours aussi probante), Vickie Winans la grande prêtresse du gospel contemporain remporte comme prévu un succès de super star tandis que, sous la Blues tent, Robert Randolph spécialiste de la pedal-steel guitar, issu de cette tradition religieuse n'interprète que de la soul, du blues et du R&B avec des invités qui n'ont rien en commun avec les musiques religieuses africaines américaines comme Sonny Landreth, il est donc sur la bonne scène et, malgré ses prouesses techniques et son charisme, il n'a pas sa place dans ce paragraphe.
(7) Slidell et Mandeville sont des faubourgs de New Orleans
(8) Il y eut encore un autre hommage à Mahalia Jackson, en jazz celui-ci, sous la Economy Hall Tent avec Barbara Shorts, Mathilda Jones, Danielle E.Wilson and Cynthia Girtley
(9) Encore des artistes que l'on retrouve dans TREME


Robert Sacre
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Présentation du festival (par Philippe Sauret)

House of Blues Stage (photo de Guy Benech)
Ray-Ban Stage (photo de Guy Benech)
Congo Square Stage (photo de Guy Benech)
Sheraton / WB 38 Fais Do-Do Stage (photo de Guy Benech)
Tous les ans a lieu à la Nouvelle Orléans le plus grand festival de musique au monde. Cette manifestation a accueilli en 1999 plus de 500 000 personnes, dont des touristes venus du monde entier. Le festival dure une dizaine de jours de la dernière semaine d'avril à la première semaine de mai. A ce moment, toute la ville vit au rythme de l'événement: les clubs bien sûr, mais aussi les disquaires (qui en profitent pour augmenter leurs stocks), les boutiques de souvenirs, les restaurants, et même la chaîne de télévision locale qui diffuse presque constamment des reportages sur le festival. Celui-ci a lieu dans un hippodrome aménagé pour la circonstance. De nombreuses navettes peuvent vous y conduire. Vous pouvez acheter vos tickets d'entrée dans ces navettes ou sur place, mais si vous les prenez plus de huit jours à l'avance dans les offices du tourisme, vous bénéficierez de réductions substantielles.
Le festival accueille dix scènes éparpillées dans tout l'hippodrome, qui proposent toutes sortes de musiques. Les deux plus importantes sont la Fox 8 / Sprint PCS Stage et surtout la Ray-Ban Stage. C'est là que passent les grosses pointures comme Ray Charles, Santana, Fats Domino ou encore les Meters. Un conseil, si vous voulez voir de prés ces vedettes, surtout la deuxième semaine, attendez devant les scènes au moins trois heures avant leurs passages. Sinon vous ne pourrez même pas vous approcher tant il y aura du monde. Autre grosse scène, la House of Blues qui, comme son nom l'indique, est exclusivement consacrée au blues: en 1999 on y a vu Lil' Ed, Earl King, Clarence "Gatemouth" Brown, Tab Benoit, Raful Neal et sa famille, Snooks Eaglin', Elmo Williams & Hezekiah Early. Impossible de tous les citer mais une programmation de grande qualité.
Deux scènes sous des tentes sont consacrées au jazz. La plus grande est la WWOZ Jazz Tent. La seconde, plus petite, est la Cox Communication Economy Hall Tent. Elle propose une musique plus traditionnelle (New Orleans, Dixieland…).
La scène ayant le programme musical le plus éclectique est assurément la Congo Square Stage. Elle peut en effet aussi bien proposer de la musique africaine, puis de la salsa, du blues et du zydeco. La Sheraton / WB 38 Fais Do-Do Stage est, comme son nom l'indique, consacrée aux musiques cajuns et zydeco avec des artistes comme Beau Jocque, Beausoleil, Chubby Carrier ou T-Mamou. Assurément, c'est l'endroit où on danse le plus. Trois scènes de moindre importance (par la taille), sont situées un peu à l'écart. La Lagniappe Stage fait passer presque exclusivement des artistes locaux, aussi bien de jazz que de funk ou des indiens du Mardi Gras. La National Park Service Kids' Tent accueille des groupes d'enfants. La Music Heritage Stage reçoit des artistes pour les interviewer.
Enfin j'ai gardé le meilleur pour la fin, la Tulane Hospital / Rhodes Gospel Tent. Dédiée exclusivement au gospel, c'est pour beaucoup la meilleure scène du festival, tant la communion entres artistes et public y est intense. Si sur les autres scènes rien ne vous intéresse, allez à la gospel tent, il s'y passe toujours quelque chose.
A coté des scènes vous trouverez de nombreux stands proposants des produits artisanaux locaux ou étrangers (africains du coté de Congo Square). Beaucoup de stands de nourriture également : vous pourrez ainsi goûter à du boudin créole, du poisson-chat, du jambalaya, des écrevisses ou encore à de l'alligator. Si vous voulez des disques ou des livres, le Virgin a installé une tente pour vous satisfaire.
Quelques conseils pour terminer. Il existe très peu d'endroits à l'ombre dans l'hippodrome. Avec une chaleur qui peut monter jusqu'à 38°C, il est indispensable de souvent boire pour se réhydrater. Aux bières et soft drink à 2 $ préférez plutôt les grands verres de thé glacé, quitte à payer 1 $ de plus. Protégez vous aussi du soleil en mettant quelque chose sur votre tête et une crème sur le corps. Enfin, n'attendez pas le dernier jour du festival pour faire vos achats de disques. Vous aurez la désagréable surprise de découvrir que le CD du musicien que vous aviez tant aimé sur scène n'est plus disponible nulle part.
-Philippe Sauret-




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