Le ciel est nuageux et la température a dû chuter d'au moins 15 degrés ce qui personnellement me convient mieux. Pas de temps à perdre, nous nous rendons au Jazz Record Mart pour assister au delmark brunch, un petit déjeuner accompagné d'un boeuf de rêve avec toutes les vedettes du label Delmark. Dès l'entrée dans le magasin, on découvre Aaron Moore jouant du clavier entre les rayons de cd. On a à peine le temps de profiter de l'excellent petit déjeuner qui nous est offert que le bœuf débute dans la salle du fond avec notamment Ken Saydak dans le groupe de base et dans un rôle de coordinateur. Je me retrouve assis avec Willie Kent et Bonnie Lee d'un côté, Arthur Duncan de l'autre, Big Time Sarah et Shirley Johnson devant moi: incroyable !!! Le bœuf est d'un très haut niveau, on y voit défiler notamment les guitaristes Mark Wydra, Jimmy Burns, Michael Coleman, Lurrie Bell (bien meilleur que la veille), Rockin' Johnny, les chanteuses Big Time Sarah, Bonnie Lee, Shirley Johnson, Zora Young, Willie Kent à la basse et deux chanteurs qui me font une formidable impression Tail Dragger et Little Arthur Duncan. Le bœuf se termine avec quelques morceaux de big Doowopper au piano, encore un musicien que l'on voit très rarement. Eddy C Campbell est présent mais se contente d'un rôle de spectateur. Bien sûr, le boss Bob Koester est lui aussi présent de même que Jim O'Neal (fondateur de living blues) et le photographe Marc Pokempner qui dédicace ses livres. L'opération marketing semble bien fonctionner car il y a une longue file d'attente aux caisses à la sortie. Il est maintenant temps de rejoindre Grant park pour la dernière journée du festival.
On retrouve sur la scène Front Porch la chanteuse Jessie que l'on avait vu au Mid South Chicago blues festival. Cette fois, elle n'est plus accompagnée par John Primer mais par son propre groupe et son répertoire résolument soul m'intéresse beaucoup moins. On retrouve ensuite Tony Rogers (lui aussi découvert lors du Mid South Chicago Blues Festival) avec toujours son jeune fils à la batterie mais cette fois Biscuit Miller à la basse. Mais, le grand concert de l'après midi est celui de la chanteuse Shirley Johnson sur la scène Gibson. Elle est remarquablement soutenue par Willie Davis à la guitare que l'on a souvent vu en Europe dans les Gents de Willie Kent. J'assiste ensuite à un bon concert acoustique de Cephas & Wiggins avec Jerry Ricks en invité rendant hommage à Skip James et John Jackson. Il est alors temps de rejoindre la grande scène du Petrillo Music Shell alors que le temps continue de se dégrader, la pluie et le vent s'ajoutant à une température plutôt fraîche. Pas de chance pour la pauvre Johnnie Mae Dunson (ex batteuse de Jimmy Reed) qui chante assise au fond d'un fauteuil de cuir emmitouflée dans un manteau de fourrure. Malgré ces conditions particulièrement difficiles, la vétérante (plus de 80 ans) nous démontre qu'elle a encore une sacrée voix puissante. C'est pour moi une bonne découverte. Le concert suivant, l'un des plus attendus, est celui de Jimmy Dawkins. Il apparaît étonnement souriant vêtu d'une incroyable chemise argentée. Il est accompagné d'un groupe très étoffé avec un piano (Allan Batts) deux saxophones (Eddie Shaw, Maurice John Vaughn) et aussi trois guitares (Billy Flynn, Rich Kirch et Keith Scott). Pourquoi ces trois solistes quand il y a déjà Jimmy Dawkins sur scène ? C'est effectivement incompréhensible. Dans ce contexte, Dawkins se contente de jouer les chefs d'orchestre, distribuant les solos à tour de rôle, jouant lui même assez peu. Quel gâchis. Bon, il lui reste le chant ? Même là, compte tenu de la présence en invité de l'excellente chanteuse Nora Jean Wallace, il n'a pas beaucoup chanté et la déception est au rendez vous. Compte tenu de la météo qui vient clairement gâcher la fin du festival et il faut bien le dire aussi, d'une programmation finale qui n'est pas la plus alléchante, nous décidons que quitter définitivement le site du festival, dont l'organisation fut irréprochable.
Pour cette dernière soirée à Chicago, nous décidons de retourner au B.L.U.E.S. Mangeant au restaurant chinois juste à côté, nous avons la surprise de voir arriver Billy Flynn qui s'installe à la table à côté de la notre. Le monde est vraiment petit ! Ce soir, au B.L.U.E.S., c'est Tail Dragger qui est programmé accompagné lui aussi par le Rockin' Johnny Band. On constate immédiatement que le club est bondé, la soirée sera chaude ! Tail Dragger est en grande forme, c'est non seulement un grand chanteur mais aussi un formidable showman. Son répertoire est essentiellement basé sur son cd Delmark "American people". Tous les titres se ressemblent un peu mais moi, j'adore. Autant Rockin' Johnny est un piètre chanteur, autant dans ce contexte, en accompagnateur, il est excellent. Et la soirée est riche en surprises et en invités. Ainsi, on a le plaisir de voir se monter sur scène Jimmy Dawkins accompagné de ses guitaristes (dont Billy Flynn) et de Nora Jean Wallace. C'est ensuite au tour de Sammy Fender de venir boeuffer mais sa prestation ne fut pas mémorable. Il y avait encore du beau monde dans le club comme Otis Clay et Eddie Shaw mais rattrapés par la fatigue et compte tenu d'une foule toujours plus nombreuse dans ce petit club, on a finalement décidé partir avant la fin. Cette dernière soirée restera néanmoins longtemps gravée dans ma mémoire.
C'est le déluge ! Notre avion étant prévu pour le milieu de l'après midi, nous avons le temps de faire un peu de tourisme (malgré la pluie battante) et nous partons cette fois vers le West side. Nous passons devant le Fitzgerald (Berwyn), un club qui nous a été conseillé par Ken Saydak. Non loin de là, sur le Cermak plaza à Berwyn, nous découvrons sur le parking du centre commercial une étonnante "brochette de voiture" ! Nous poursuivons par Oak Park, où on découvre la maison natale d'Hemingway et surtout une impressionnante concentration de maisons de l'architecte Franck Lloyd Wright; ça vaut le détour ! Le voyage se termine, comme prévu, j'ai fait le plein de blues, je reviens à la limite de l'over-dose mais avec énormément de souvenirs, de photos, de contacts... On a eu l'occasion de voir beaucoup de musiciens légendaires, de figures historiques du blues mais force est de constater que nous avons fait peu de découvertes, on a un peu l'impression de la scène blues de Chicago tourne en rond et a du mal à se renouveler. Néanmoins, vivement juin 2003 que je puisse revivre un tel événement !